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Voici mes nouvelles, contes, Haïkus...ainsi que ce qui peut m'inspirer, attirer mon attention et ma curiosité. N'hésitez pas à laisser vos réflexions qu'elles soient liées ou non aux articles et vos liens.  Le but de ce blog est surtout de pouvoir partager un état d'esprit, une passion artistique aussi imparfaite soit-elle

 

 

Jeudi 1 décembre 2005

-   Allo, oui ?

-   Vous allez mourir…

-   Pardon ?

-   Quelqu’un va vous poignarder dans le dos lors d’une réception. Vous savez que je ne mens pas. Rappelez-moi au 13-13.

-   Mais qui êtes-vous ? Qu’est ce que c’est que cette histoire de fou ?...

Bip…Bip…

-    Allo ! Allo !!

  Angéla raccroche le téléphone et s’assied. C’est une mauvaise blague, oui c’est forcément une mauvaise blague. Comment peut-on vous annoncer au téléphone que vous allez mourir et vous demander de rappeler avec un numéro incomplet? Et comment pourrait-elle savoir que ce n’est pas un mensonge : elle n’est pas médium ! C’est aberrant.

  La jeune femme se lève, quitte  son salon en empruntant le couloir et se dirige vers un placard d’où elle sort un aspirateur. Après l’avoir branché, elle l’allume et le passe machinalement dans toutes les pièces de son appartement.

  Elle doit effectivement  accompagner son mari à une  réception. Enfin ce n’est pas vraiment une réception : ils ont reçu une invitation pour fêter l’ouverture d’une librairie. Mais qui pourrait bien lui vouloir du mal ? Décidément, tout ça lui semble vraiment dingue. Angéla se ressasse ce coup de téléphone, comme si elle appuyait sans cesse sur la touche bis d’un répondeur. « Vous savez que je ne mens pas ».  La voix de cette femme a un timbre singulier. Elle se concentre mais ne reconnaît aucun proche. Et puis, personne ne s’amuserait à lui jouer un tour pareil. Non elle ne sait pas si c’est un mensonge, une sinistre facétie. Enfin 13-13 comme numéro de téléphone, ça n’est pas possible, c’est trop court, en tout cas pour un particulier.

  Après avoir rangé l’aspirateur, elle file à la cuisine et prend en dessous de son évier un chiffon et un aérosol pour enlever la poussière sur les meubles du salon. Alors qu’elle tourne les talons, elle s’arrête d’un coup, fait demi-tour et ouvre à nouveau le placard. Elle y prend un produit ménager spécial « parfum d’ambiance » : la fumée froide du tabac l’insupporte. Si Ralf pouvait arrêter…

  Angéla poursuit ainsi son ménage. D’autres femmes commenceraient peut-être par faire la poussière et passer ensuite l’aspirateur, mais peu importe l’ordre d’excusions, du moment que c’est fait et que cela sente bon. Puis c’est son quotidien, alors tant mieux si elle laisse derrière elle un peu de poussières. Que deviendrait-elle sans elles ?

  « Rappelez-moi au 13-13. » Cette histoire est manifestement étrange et déconcertante. Une femme inconnue appelle, annonce sa mort et laisse un numéro de téléphone incomplet. Pis avec ce chiffre 13, on pourrait même se croire en plein film fantastique. L’autre personne au bout du téléphone serait, pourquoi pas, une sorcière ou une voyante, enfin quelque chose dans le genre. C’est peut-être une lamentable farce, spécialité actuelle de certaines émissions de radio…Mais en général les animateurs  ne raccrochent pas afin d’entendre comment le piégé réagit. Ou bien, c’est peut-être une âme bienveillante qui souhaite la prévenir mais qui ne peut pas rester longtemps au téléphone…Enfin dans ce cas, il manque quand même des chiffres et ils ne s’inventent pas.

  Angéla reste un instant immobile avec son chiffon à la main puis regarde sa montre. Il est onze heures. Elle est dans les temps. Il reste une machine de linge à faire et mettre le gratin au four avant que Ralf ne rentre pour manger.

  Dring…Dring…

Angéla sursaute. Elle se dirige à nouveau vers le téléphone et décroche.

 -   Allo, oui ?

-   Chérie, c’est moi.

-   Oui Ralf, que se passe-t-il ?

-   Je ne serai pas là à midi. Une affaire me retient.

-   Ah…

-   J’essaierai de rentrer plus tôt ce soir.

-   Bon très bien…

-   Tu vas bien ? Tu as une voix étrange…

 

  Angéla hésite mais préfère taire l’appel  qu’elle a eu plus tôt.

 -   Tout va bien, je suis juste un peu déçue que tu ne sois pas là ce midi.

-   Je sais. Je dois te laisser. Bisou ma chérie.

-   Bisou chéri

Angéla pense à Ralf. Son travail lui prend de plus en plus de temps. Il y a quelque chose de tragique dans le fait de bien gagner sa vie. C’est le peu de présence que l’on accorde à sa famille au fur et à mesure que l’on empoche de l’argent. Angéla pourrait en faire le reproche à son mari, mais en fait, le « vrai » problème ne se situe pas là.

  Elle part dans sa buanderie et effectue le tri entre les vêtements de couleurs et le blanc. Une fois la répartition finie, elle bourre la machine : tout le linge de couleur doit entrer.

Angéla pense alors à une chose. Ici, dans sa ville, tous les numéros de téléphone commencent par les même chiffres : 01-12-07. Elle n’a peut-être qu’à les faire pour tomber sur l’inconnue de ce matin. Mais c’est idiot. Puis de toute façon cet appel est totalement absurde et tordu. Une baliverne de plus. Une très, très vilaine fumisterie.

  Ralf ne rentrera pas pour déjeuner. Tant pis, il n’aura pas droit à son gratin favoris. Depuis quelques temps, Angéla prend des cours de cuisine là où elle peut : elle suit un maximum de programmes culinaires, commande des fiches et achète des livres, serf sur Internet et n’oublie pas aussi de demander, par téléphone, à sa mère, quelques astuces. Elle dit à qui veut bien l’écouter que c’est une nouvelle passion.

   Mais là, plutôt que de se faire une collation de moine, la cuisinière sort de son frigidaire un saladier recouvert d’un torchon humide et se sert  quelques feuilles de salade verte. Elle ajoute un peu de vinaigrette déjà prête et accompagne le tout avec un quignon de pain un peu rassis. C’est souvent comme ça quand elle se sent contrariée : elle n’a envie de rien. Elle s’installe et mâche machinalement. Parfois les murs de la cuisine semblent se rapprocher, elle a même l’impression de manquer d’air.

 Puis, Angéla scrute le salon/salle à manger qui adjacent la cuisine américaine où elle se trouve. Son regard se pose sur le téléphone. Pourquoi ne pas essayer d’appeler ? Au moins elle pourrait avoir une bonne explication sur ce canular. C’est décidé. Elle va montrer de quel bois elle se chauffe ! Elle se dirige d’un pas sur vers le téléphone puis, empoigne le combiné. Enfin elle tape les numéros : 01 12 07 13 13.

 

Bippp …

Sur un fond musical, Angéla entend alors en boucle : « service télécoms bonjour ! Le numéro que vous demandez, n’est pas attribué … ».

-j’aurai du m’en douter d’elle en murmurant.

Par curiosité, elle compose juste le 13 13. Et sans surprise, elle tombe sur le même message préenregistré des télécoms.

 

Plus tard, assise sur son canapé, elle réfléchit. Tout ceci lui semble   encore une fois absurde. Elle se revoit devant ce téléphone, effarée de ce qu’elle entend. Elle arrive même à s’imaginer la scène horrible dans laquelle elle est censée mourir. Elle se dit aussi que finalement, quoi qu’elle décide de faire,  elle a rendez-vous avec une mort certaine. Mais pourquoi penser cela si toute cette histoire n’est qu’une vulgaire plaisanterie ? Le numéro n’existant pas, ce ne peut être qu’un canular.

Angéla se lève. Il faut qu’elle sorte le linge de la machine pour l’étendre. Alors qu’elle ouvre la machine, elle s’aperçoit qu’elle est vide. Elle regarde alors son panier : le linge est encore là, mélangé. Elle parcourt toutes les pièces de l’appartement. Le ménage n’a visiblement pas été fait. Son lit est encore défait.  Même l’assiette qu’elle avait utilisé avant d’appeler, a disparue. Mais qu’est ce qui lui arrive ? L’heure… Il faut qu’elle voit quelle heure il est ! L’horloge dans le couloir –précis à la seconde prés- indique 9h30. Elle remarque au même moment qu’elle est encore en pyjama…

La jeune femme retourne dans son salon. Tout devient clair : son réveil n’a pas fonctionné, elle a dormi bien plus tard et toute cette histoire de dingue n’était en réalité qu’un rêve –du moins un cauchemar. Ceci dit, elle comprend aussi une chose : elle s’ennuie à mourir. Elle en a marre d’attendre, de rien faire de plus que le ménage et d’être un modèle d’épouse. Et si elle ressent le besoin de mourir, c’est justement pour vivre autre chose.

Angéla se lève. Elle prend le combiné et compose un numéro de téléphone.

 

Bippp. Bippp.

-Angéla ?

-Oui Ralf, c’est moi. Rentre tout de suite à la maison. Nous avons à parler.

 

par Shen-Po publié dans : nouvelles
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Jeudi 24 novembre 2005

"La création se moque impitoyablement de la créature"

par Shen-Po publié dans : citations
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Mercredi 23 novembre 2005

-Dors Isissia, dors maintenant.

-Mais...

  Sa voix était douce, mais son regard autoritaire. Je ne pouvais qu'obéir à ma mère. Le feu scintillait. Il offrait des teintes de miel à notre foyer. De ma couche, j'observais mes parents chuchotant. Je distinguais  leurs visages aux traits un peu anxieux et fatigués. Mais peu à peu mes paupières se faisaient  lourdes et le sommeil finit par m'emporter.

 Généralement mes rêves se calquaient aux activités de ma journée. Ainsi je parcourais l'oasis dans son ensemble. Les couleurs étaient souvent différentes de celle de la réalité. Père et mère en  habit de lumière vaquaient à leurs activités tandis que je volais  près d’eux à la recherche d’un scarabée. Aux abords de l’Egypte, dans  ce bout de verdure, j’étais une fillette heureuse et libre. Quand je me remémore les images qu'il m'en reste, je me rends compte combien elles étaient naïves et douces.

   Enfin cette nuit-là, mes songes furent tout autre : le ciel, comme voilé d'un linceul ocre-gris,  s'abattit lourdement autour moi. Perdue, je cherchais mes parents, les appelais. D'un coup, je me tins immobile, paralysée. Je percevais sous mes pieds un flux tiède et gluant. Tremblante je n’osais baisser mon regard. Mais ce fut plus fort que moi et je compris au rouge vif répandu sur terre qu'il s'agissait de sang. A quelques mètres encore, j'aperçus qu'il s'écoulait de corps sans vie, mains tendues dans ma direction. L'horreur fut à son comble quand je reconnus mes parents...

 J'ai hurlé. Hurlé aussi fort que possible tout en m'éveillant. Quatre bras m'entouraient d'une tendre chaleur ; ils étaient là prés de moi essayant de me consoler.

 C'est à ce moment que nous entendîmes à l'extérieur des pas de chevaux mêlés à leurs hennissements. Suivirent des cris terrifiants...

    J’ai comme un trou de mémoire,  provoqué certainement par la terreur de ce moment. Devenue subitement une très jeune esclave, je  fus offerte à un grand général de l’armée romaine. N’ayant guère droit à la parole, je crus d’abord que le monde auquel j’appartenais alors, n’avait pas le droit non plus de penser. Je travaillais essentiellement dans la demeure. Il me fallut devenir habile tant au tissage qu’aux autres tâches domestiques que l’on m’imposait. J’ai grandi ainsi les yeux fixés vers le sol. Je réalisais mon travail de façon automatique, comme si chaque mouvement nécessaire avait été inné pour moi. Le soir, je partageais ma couche avec une autre esclave de mon âge. Nous écoutions d’une oreille attentive les plus anciens conter l’époque des grands pharaons et des Dieux puissants qui alors les guidaient. Ces récits étaient chargés de magie et rythmaient mes nuits. Les jours de grandes fêtes  nous étions autorisés à rendre hommage aux idoles sorties pour l’occasion de leur temple. A Dionysias, le Dieu Sobek était celui que nous vénérions le plus. Tous suivions le même  mouvement  et tous avions la crainte de lui déplaire. Ainsi se déroulait ma vie, sans variance, sans clair-voyance.

   Puis il eut cette nouvelle : le maître avait reçu des terres et un domaine dans un pays étranger. Il comptait s’y installer. Quelques-uns devaient l’accompagner, les autres seraient vendus ou échangés…Surprise, j’appris que j’allais suivre la caravane. J’étais bouleversée. Mais contre toute attente, au-delà des paysages qui allaient s’offrir à moi, ce fut ma perception qui changea. Nous   partîmes donc de la région du Ta-Ech pour rejoindre Karanis.

   En m’éloignant ainsi, j’essayais de m’accrocher aux croyances qui s’étaient imprégnées en moi. Je ne savais pas quelles divinités prier pour ma protection. J’implorais toutes celles qui se présentaient à mon esprit, le plus souvent possible, malgré la fatigue. Mais les membres de mon corps semblaient tour à tour s’enflammer puis se glacer au fil des jours. Mon ventre me torturait et le sang finit par s’écouler sans que je ne puisse rien y faire. J’avais toujours obéi jusqu’ici, toujours craint et rejeté toute idée qui aurait pu me détourner de la loi et de ma condition. Alors pourquoi étais-je châtiée de cette façon là ? Tout me faisait peur et surtout qu’allaient penser les autres ?

 A la nuit tombante, tandis que je me lavais désespérément dans l’eau du lac que nous longions, une main se posa sur mon épaule : « tu saignes, n’est-ce pas ? » Ces mots résonnèrent en moi, accentuant mon désarroi. Je regardais mes jambes honteusement en guise de réponse.

 « Ne sois pas inquiète et suis-moi. »

 Ce soir là ainsi que trois autres nuits, toutes les femmes se regroupèrent autour de moi, bien à l’écart des hommes. La femme qui était venue me chercher, Danofé, commença mon initiation par les mots suivants :

 « Toutes ne sommes pas nées sur la même terre. Nous n’avons pas non plus toutes les mêmes divinités à prier. Mais peu importe, esclave ou pas, il y a en nous ce qui nous rend semblable à la nuit constellée d’étoiles. Il y a en nous une parcelle de terre qui nous est commune et où poussent arbres et fleurs. »

  C’est par le biais de chants et de danses que je pus comprendre le sens profond de ses paroles. Elles commencèrent  d’abord par fredonner tristement un air comme si quelque chose devait mourir en moi. Puis le rythme s’accéléra doucement. Leurs mains s’entrechoquaient tandis que je cherchais à les imiter. Assise entre deux femmes je regardais les autres se balancer –à droite, à gauche - .Elles dirigeaient maintenant leurs mains au ciel, les portaient sur le ventre, et enfin les tournaient vers le sol. Elles exécutaient ce va et vient entre  ciel et  terre de plus en plus vite.  Puis une voix déchira soudain la nuit. Comme un cri d’espoir Danofé entamait un autre chant. Je ne connaissais pas la langue employée, mais la mélodie parcourait mon cœur comme pour en ouvrir des portes fermées.

   Cet ensemble apportait au fur et à mesure une légèreté à mon âme, les regards se modifiaient autour de moi et le mien aussi. Ce fut comme un éveil à la vie, une renaissance. En effet, je comprenais pour la première fois que ce je vivais là n’avait rien à voir avec le sur naturel, si ce n’est la magie de  la vie elle-même !  Dans mon corps se  cachait une énergie créatrice.

 Mon esprit voulut en savoir plus sur ce qui m’entourait. Je devins attentive à toutes les discussions des hommes et aux lieux que nous parcourions. Mes yeux se détachaient peu à peu de la poussière soulevée par mes pieds avec une sorte d’arrogance. Les comportements de ceux que j’observais, encore en silence, me faisaient penser étrangement à celui des Dieux. Enfin, je ne pouvais pas m’empêcher de me dire que quel que fut ma nature, j’étais bien plus qu’un animal, j’étais un animal pensant.

Le désert n’était jamais très loin de nos pas. Parfois d’anciens temples  sortaient  de ce théâtre aride. Il s’en dégageait une force qui me coupait le souffle par la magie et le prestige qu’ils imposaient. Nous sommes passés prés des pyramides dont j’avais déjà entendu parler. Tant de mystères ! Comment des hommes avaient-ils pu être inspirés et surtout réaliser ces liens avec le ciel ? Il me semblait étrange que de terres ainsi brûlées par le soleil et réduites en poussière, nous puissions être exposé à l’opposé à tant de fertilité aux abords du Nil. Nous n’avons cessés de marcher le long de champs et de rizières irrigués par d’ingénieux canaux. Peut-être pouvions- nous voir en cela le simple mécanisme de la vie : la poussière et l’eau devenant énergie créatrice ? Et des cendres renaissait le mouvement tout comme une roue ne cessant de tourner par le vent, la pluie ! Les cités que nous avons traversées ne manquaient pas non plus de beauté par leurs lieux de cultes. Des statues les fardaient, des Dieux, des hommes et même des bêtes saisies dans la pierre. J’en ai vu qui n’ont pas supporté le temps ou qui semblaient avoir subi la colère. D’autres se dressaient encore comme pour échapper à ce qu’on ne pouvait pas fuir ici…les grains de sables. J’étais enfin à même d’associer des images aux mots qui s’étaient inscrit dans ma mémoire sur ce que je croyais être irréel. Nous avons vu ainsi Menphis, Gizeh avant d’arriver à  Alexandrie.

Nous avons parcouru la ville avant d’atteindre son port. Les caravelles, des centaines, se collaient les unes aux autres, revêtant parfois des traces de batailles. Des milliers de personnes se croisaient sur les pontons et les quais. Ils s’affairaient à changer de multiples denrées, vaisselles, amphores de terres cuites et autres marchandises. Les passagers s’installaient à l’arrière du pont parfois protégé par des tentes, sinon ils prenaient place en fond de calle. Les hurlements, cries ou simples paroles s’associaient aux bruits des chariots, des roulis et des clapotis de la houle contre les murs fortifiés pour former une espèce de bourdonnement sourd. Tout le monde s’affairait comme une colonie de fourmis, avec ses gardes et ses ouvriers. Nous nous y sommes mêlés  pour préparer notre propre départ. Nous avons lâchés les amarres dés l’aube, au soleil levant, distinguant pendant un long moment le phare, dernier lien avec la terre. A partir de ce moment là, j’allais vers le total inconnu.

  J’ai eu besoin de quelques jours pour m’habituer à la vie en mer. Puis comme les autres esclaves j’ai participé à la préparation des repas et du service. Nous ne nous mélangions pas à l’équipage, restant toujours à l’arrière du bateau. C’est lorsque je m’affairais  à nettoyer notre vaisselle que j’ai pu apprécier le chant crépitant des poissons volants. Longeant tout d’abord la cote, nous n’avons fait qu’une courte escale, le temps de charger du sel, quelques amphores d’huile. Des plaques de marbres ont aussi été rangées en font de calle. Nous avons ensuite poursuivit notre voyage en pleine mer. J’observais notre maître souvent à l’avant du bateau buvant pensif du vin chaud que nous lui préparions tous les soirs. Parfois il se joignait à nous pour profiter des derniers rayons du soleil couchant. Proche de lui, charmée par cette immensité, je m’en faisais témoin spirituel à l’écoute de la vague brisée et de la  brise piégée. Fermant mes yeux, j’imaginais alors Vénus naissant de l’écume et déposée délicatement sur le rivage.

Moins d’une semaine après notre dernière étape s’était écoulée quand  un matelot annonça terre à vue. Le port où nous débarquions  était immense. Comme d’autres bateaux accostaient en même temps que le notre, une multitude de personnes s’amassaient sur les quais, femmes enfants, marchants, négociants et autres encore. Il y avait beaucoup de mouvement tout autour de nous, comme une espèce de spirale entre ceux qui arrivaient et ceux qui attendaient. J’en ai gardé cette sensation de n’être alors qu’un brin d’épice parmi tous ces arômes qui étaient brassés.

Une fois tous regroupés, nous avons parcourus les rues de la ville. De nombreux commerces étaient installés présentant sur leurs étalages des tissus et des draps pourpres et rouges violacés, des peaux et des scelles, des amphores d’huile et autres produits locaux. L’empreinte romaine était aussi très prononcé par rapport a ce que je connaissais : théâtre, thermes, sanctuaires et autres monuments ont ponctué notre parcours. Nous avons pris la direction du nord et prés de la nécropole étaient installés les orfèvres et bronziers. Enfin nous sommes arrivés sur une voie, pavée jusqu’au limites de la ville. Nous l’avons suivie ainsi toute la journée et ne nous sommes arrêtés que lorsque nous avons atteint des baraques en office de relais.

(à suivre) 

par Shen-Po publié dans : nouvelles
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Dimanche 13 novembre 2005

  "va, cours enfant, suis ta destinée,

car non poussière, tu es juste passager,

de nos vies, de nos coeurs, de nos pensées."

par Shen-Po publié dans : citations
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Dimanche 6 novembre 2005

-Né au XIII sous le nom de Le Sheikh Muslihuddin Saadi Shirazi.

-Appartient à la confrérie soufite de Boukhara dont le maître et prédicateur enseignait la philosophie mystique de la Rose.

- éducation au collège Nizamiya à Bagdad puis initiation à l’école Naqshbandi du Soufisme

-Comme le veut la religion soufite, Saadi effectua de nombreux voyages (une trentaine  d’années) et traversa notamment l’Inde, la Chine,l’Abyssinie, le Maroc, la Turquie… avant de retourner dans sa ville natale de Chiraz

- le Bustan et le Gulistan reçoivent de toutes les classes sociales un très grand intérêt : contrairement à la littérature soufite souvent chargée d’allégories inaccessibles aux non-initiés, la poésie de Saadi se démarque par une morale riche des couleurs de la vie grâce à ses anecdotes et souvenirs relatant ses divers voyages, et, est ainsi accessible à tous.

-Tolérant et charitable, il ne cherche en aucun cas la fortune, bien au contraire. Il construit à Fahandar une maison d’accueil pour les étudiants et les pèlerins.

par Shen-Po publié dans : biographies
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