Shen-Po | Juillet 2008 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | |||||
| 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | ||||
| 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | ||||
| 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | ||||
| 28 | 29 | 30 | 31 | |||||||
|
||||||||||
Elle regardait par la
fenêtre.
Les sourcils froncés. Les yeux rouges et humides. Ces narines se contractaient à intervalle régulier. Toute sa mâchoire restait constamment contracté et sa bouche se déformait en rictus douloureux. Elle hésitait à desserrer les dents ou bien émettre un cri sourd. Puis comme pour sortir la tension et la fureur qu’elle accumulait, elle se griffait le visage superficiellement.
Puis lentement, elle se décrispait. Son attention se portait à nouveau sur son émission de télévision préférée. Elle redevenait spectatrice, s’imaginant même dans le public. C’était un peu sa famille. Elle connaissait toutes les épreuves par cœur. Les mimiques du présentateur aussi. Elle soufflait parfois les réponses que le candidat ne trouvait pas. Avachie sur son fauteuil, elle se redressait quand le jeu demandait de l’adresse. C’était tout juste d’ailleurs si elle n’exécutait pas le mouvement.
Elle était bien sans ce bruit. Mais fallait toujours que ça recommence. Toutes les demi-heures, même tous les quarts d’heure pendant les vacances scolaires. Alors elle regardait encore par la fenêtre et tout son corps se révulsait.
« Ca suffit, je n’en peux plus ! Faut que ça s’arrête.» se répétait-elle.
C’était à cause du passage des trains. Les trains la harcelaient sans relâche.
Vrombissements des locomotives. Crissements des freins sur les rails. Echo lourd et lent des fourgons pleins. Martèlement des wagons entre eux. Battements rapides des TGV. Tumulte des trains qui se croisent…
Alors un jour, elle trouva « la solution ». Sur un papier, elle écrivit la lettre suivante :
« Cher Denis,
Depuis des années, le bruit me fait souffrir. Cela a commencé quand nous sommes venus habiter en ville. Nos voisins se moquaient bien alors de ne pas taper des pieds ou de soulever les chaises. Puis nous avons déménagé, et là c’est le bruit des voitures qui m’est devenue de plus en plus insupportable. Nous avons encore une fois déménagé. Mais aujourd’hui, je n’en peux plus d’entendre le passage des trains sous ma fenêtre. J’ai écrit à la SNCF pour qu’ils trouvent une solution. Ils m’ont répondue qu’ils ne pouvaient rien faire pour moi. Ce sont des menteurs. J’ai donc décidé de me jeter sur la voie ferrée, ainsi les trains seront bien obligés de s’arrêter.
Voilà mon fils, je t’aime,
Maman »
Quand le pauvre Denis eut fini de lire la lettre, il n’en revenait pas. Sa mère s’était défenestrée. Il ne comprenait pas. Cela faisait plus d’un an qu’il avait installé sa mère en maison de repos. Elle avait une vue sur le parc avec pour tout bruit le chant des oiseaux…
Cette image est éblouissante, rails abandonnés et fleurs, je suis touché...
Merci
Phil